Depuis quelques années, la production et la consommation de données informatiques explose à l’échelle mondiale. En cause : l’essor du web (3 milliards d’utilisateurs en 2020), l’avènement du smartphone et des objets connectés, la généralisation des solutions en mode SAAS1 ou encore les crypto monnaies, le streaming et le développement galopant du cloud. Conséquence : alors que l’on ne comptait que 500 000 centres de données à l’échelle mondiale il y a encore deux ans, il y en a désormais plus de 8 millions selon IDC2. Or ces data-centers, même si les technologies s’améliorent3, restent très énergivores : d’ici 2030, ils pourraient engloutir 10% de la production mondiale d’électricité contre déjà 3% à l’heure actuelle.

Et au-delà des données informatiques, c’est tout le secteur du numérique qui est source de pollution.

 

Comment pouvons-nous agir à notre échelle ?

Quelques sont les gestes simples à adopter, en tant qu’usagers du web, pour limiter notre empreinte écologique ?

 

Tout commence par une prise de conscience et si vous lisez cet article, c’est que vous avez déjà réalisé un bout du chemin. On ne va pas se mentir : nous sommes devenus dépendants du digital donc l’idée n’est pas d’arrêter l’usage mais de l’aménager.

Est-ce une goutte d’eau dans l’océan ? Très certainement ! Mais à l’échelle d’une entreprise ou d’une université par exemple, la multiplication des bonnes pratiques peut commencer à porter ses fruits.

 

1. Du côté de notre boîte mail…

 

Quel que soit le type de boîte mail que vous utilisez (boîte pro paramétrée sur Outlook, compte gmail, live…), vos messages électroniques sont stockés sur un serveur web… qui consomme de l’énergie non-stop. Voici quelques pistes pour un usage moins énergivore de notre activité email :

  • Eviter les sauvegardes inutiles et penser à supprimer régulièrement les mails dotés de pièces jointes volumineuses (ce qui est valable également pour notre stockage en cloud).
  • Plutôt que d’envoyer des fichiers volumineux par e-mail à plusieurs destinataires, partageons-les sur des drives communs. Idem pour les envois type weTransfer.
  • Se désabonner au-fur et à mesure des newsletters et emailings qui ne nous intéressent pas ou plus. Pour cela, il existe l’utilitaire CleanFox qui permet d’automatiser la démarche pour gagner du temps.
  • Trier ses emails pour ne pas tout conserver inutilement, vider régulièrement sa corbeille et supprimer les spams.

 

3. Rationalisons notre consommation de streaming

 

Selon Sandvine, le streaming vidéo représenterait désormais près de 61% de la consommation du débit Internet mondial. C’est dire le poids de plateformes comme YouTube, Facebook, Netflix ou encore Amazon Prime Vidéo sur l’empreinte écologique du web. Et notons que le développement du télétravail, accéléré par le Covid-19, n’arrange rien !

Même si la plupart des acteurs ont commencé à réduire la qualité des vidéos diffusées sur leur plateforme, suite à la demande de la Commission Européenne, nous pouvons nous aussi agir à notre niveau. Comment ?

  • En évitant de systématiser les appels en visio quand le mode vocal peut suffire.
  • En limitant la qualité des vidéos que nous diffusons via des messageries comme whatsapp, facebook ou youtube. Il existe de nombreux utilitaires en ligne pour réduire le poids d’une vidéo. On peut aussi limiter la définition en pixels de l’appareil photo que l’on utilise pour réduire le poids des images.
  • On peut aussi réduire la qualité de nos services de streaming en modifiant leurs paramètres.
  • Pour la musique, privilégions l’usage de plateformes de streaming audio comme Spotify, Deezer ou Apple Music plutôt que celles de vidéo à l’instar de YouTube.
  • De manière générale, favoriser le streaming en wifi plutôt qu’en 4G. Cette dernière consomme en effet 23 fois plus d’énergie que le wifi.

 

3. Allons encore plus loin…

 

  • De manière générale, essayons de limiter le poids de nos fichiers en compressant les images ou en utilisant les bons formats (le PDF pour les documents par exemple).
  • Si vous êtes un fervent activiste, vous pouvez utiliser les moteurs de recherche ‘verts’ tels que Ecosia ou Lilo qui, bien que moins pertinents selon moi dans les résultats de recherche, ont le mérite de s’engager dans la cause écologique.

Au-delà de la consommation de données, rappelons que le numérique au sens large génère aussi une pollution via le matériel qu’il nécessite. De leur fabrication (des composants et notamment des batteries) à leur acheminement jusqu’à leur besoin en électricité et leur recyclage complexe : ordinateurs, smartphones, objets connectés et autres serveurs totalisent d’importantes dépenses énergétiques. Pensez donc aussi à vos appareils…

  • Evitez de les laisser branchés et éteignez-les quand vous n’en avez pas l’usage pour limiter leur consommation énergétique. Avant de renouveler votre matériel, posez-vous la question de savoir si c’est réellement indispensable. Et le cas échéant, privilégiez les filières de recyclage adaptées aux composants et batteries. Le site eccosystem peut vous aider dans cette démarche.
  • Vous recherchez une solution de stockage cloud ou un hébergeur pour votre site ? Dans vos critères de sélection de votre futur prestataire, vous pouvez intégrer leur recours aux énergies renouvelables et leur volonté de limiter leur l’empreinte carbone.

Quelques chiffres édifiants…

  • Le film Pulp Fiction proposé par la plateforme Netflix en très haute résolution (4K), pèse environ 10 giga-octets (10 Go), soit l’équivalent de 200 000 emails sans pièce-jointe (50 ko). (source greenpeace)
  • La vidéo du clip Gangnam Style visionnée 2,7 milliards de fois sur la planète a consommé l’équivalent de la production annuelle d’une petite centrale. (source Gary Cook, analyste pour l’ONG Greenpeace)
  • Si le secteur du numérique était un pays, il serait le 3e plus gros consommateur d’électricité, derrière la Chine et les Etats-Unis. L’énergie est principalement utilisée pour alimenter les terminaux (depuis les centraux jusqu’aux smartphones). Viennent ensuite l’alimentation des réseaux, des centres de données et la fabrication des appareils. (source greenpeace)

Si le sujet vous intéresse, voici d’autres lectures :

————————————

1Software As A Service : modèle d’exploitation commerciale des logiciels dans lequel ceux-ci sont installés sur des serveurs distants plutôt que sur la machine de l’utilisateur.

2International Data Corporation

3La création de nouveaux data-centres intègre depuis déjà plusieurs années une réflexion écologique. On parle par exemple de ‘water cooling’ qui consiste à utiliser l’eau (eau de mer ou eau de pluie) pour refroidir les circuits. Certains centres sont construits dans les pays scandinaves, pour profiter du climat naturellement froid. Rappelons quand même que, pour maximiser les performances, l’idéal est que les données soient stockées le plus près possibles des utilisateurs. Autre solution : exploiter la chaleur dégagée par les serveurs pour alimenter en chauffage les riverains d’un centre de données. 

Vous avez apprécié cette article ?

Cliquez sur les étoiles pour voter.

Note moyenne 5 / 5. Votre avis 1

Pas encore de vote...